C’était Christo et Jeanne-Claude
C’était Christo et Jeanne-Claude

C’était Christo et Jeanne-Claude

Paris, 1958. Christo Vladimiroff Javacheff, artiste Bulgare, rencontre Jeanne-Claude, également artiste. Les deux ont beaucoup en commun ; ils sont nés le même jour, la même année, et sont animés par une volonté de se rebeller contre les codes et les règles oppressantes. C’est le début d’une longue collaboration artistique. Quelques années plus tard, Jeanne-Claude quitte son mari et s’installe à New-York avec Christo en 1964. A leur collaboration déjà harmonieuse s’ajoute l’histoire d’amour d’une vie. 

Attirés par la monumentalité, les deux artistes se dirigent vers le land art, une forme d’art soumis au temps et à son environnement. Christo crée, dessine et réalise les maquettes tandis que Jeanne-Claude se charge des démarches administratives. Sa ténacité la pousse à se battre pendant des années lors d’audiences devant les tribunaux pour défendre les projets de son mari. La plupart des œuvres demandent au moins dix ans de négociations avec les municipalités concernées.

« L’urgence d’être vu est plus importante d’autant plus que demain, tout aura disparu. Personne ne les possède, personne ne peut les changer, personne ne peut les acheter ou les vendre. Notre travail parle de liberté ».

Le couple emballe des monuments, couvre des paysages entiers et réalise des prouesses tant techniques qu’administratives. Leurs œuvres monumentales sont impressionnantes et éphémères : aucune ne dure plus de deux semaines. Les plus célèbres restent les emballages du Pont-Neuf à Paris en 1985 et du Reichstag à Berlin en 1995 qui a nécessité 25 ans de préparation. Christo et Jeanne-Claude font aussi planter 1340 parasols au Japon et 1760 en Californie au même moment, formant ainsi le Parasol Bridge en 1991. Ils créent les Surrounded Islands, des îles entourées de toile rose à Miami en 1983. Ils érigent un immense rideau séparant la vallée du Colorado entre 1970 et 1972 qu’ils nomment Valley Curtain

En cachant des monuments faisant partie de notre quotidien, ils révèlent leur histoire et leur beauté qui nous sautent aux yeux. Ces édifices que nous voyons tous les jours sans y prêter attention deviennent alors immanquables lorsqu’ils sont dissimulés. Le public prend alors conscience de l’importance historique et esthétique de ces bâtiments.

Leur travail est accessible à tous et Christo le définit lui-même : « l’urgence d’être vu est plus importante d’autant plus que demain, tout aura disparu. Personne ne les possède, personne ne peut les changer, personne ne peut les acheter ou les vendre. Notre travail parle de liberté ». Le couple n’a jamais recherché la célébrité ou l’argent, mais la beauté. Ils se définissent d’ailleurs comme des « architectes environnementaux » plutôt que des artistes contemporains. Leurs créations sont des « arcs-en-ciel », beaux et impossibles à posséder.

Au-delà de l’art, les toiles sont faites de matériaux recyclés et le duo met un point d’honneur à ne pas détériorer l’environnement. En 2009, Jeanne-Claude décède, laissant Christo élaborer son œuvre ultime : l’emballage de l’Arc de Triomphe. L’artiste meurt malheureusement en mai 2020, avant de voir son œuvre finalisée. Comme un hommage posthume, l’empaquetage de l’Arc de Triomphe voit le jour en septembre 2021. Le projet de 14 millions d’euros a été financé par la vente aux enchères de dessins et œuvres de Christo et Jeanne-Claude.

Leur ultime travail, comme un coup final au paysage de Paris, révèle toute l’histoire et la beauté de ce monument si célèbre.

Léa Villain

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