«Des Lumières dans la Nuit» : l’hommage de Strasbourg aux alsaciens Justes parmi les Nations
«Des Lumières dans la Nuit» : l’hommage de Strasbourg aux alsaciens Justes parmi les Nations

«Des Lumières dans la Nuit» : l’hommage de Strasbourg aux alsaciens Justes parmi les Nations

Par Pascale E.
Publié le 26 octobre 2021

« Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. Nommés Justes parmi les Nations ou restés anonymes, des femmes et des hommes de toutes origines et de toutes conditions ont sauvé des Juifs des persécutions antisémites et des camps d’extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité. »1

Fin septembre a eu lieu l’inauguration de l’exposition «Des Lumières dans la Nuit», dans l’Aula du Palais universitaire de Strasbourg, rendant hommage aux 78 «Justes parmi les nations» alsaciens. Pour l’occasion, ont été réunis les descendants de ces Justes et de ceux qu’ils ont protégés, qu’ils ont sauvés, souvent au péril de leur propre vie. Ce fut l’occasion de poignantes retrouvailles, mais aussi un temps de mémoire, d’évocation de souvenirs, de témoignages émouvants !

Cette exposition est le point d’orgue d’un long travail, l’aboutissement de 18 mois d’enquête pour retrouver ces 78 Justes d’Alsace.

Ainsi, Michel Thimmesh, fils d’Alfred Thimmesh ne dissimule pas son émotion à propos de son père, mort en déportation pour avoir sauvé des juifs : «Il est mort à Mathausen, cette exposition, je l’attendais depuis longtemps, parce qu’il n’a pas de tombe, c’est la seule façon pour moi, de penser à mon père.»

Georges Waserman, député du Bas-Rhin, vice-président de l’Assemblée Nationale, prend la parole et évoque son enfance : «Georges et Marie Fricker ont recueilli la petite Sarah, 7 ans et son frère Joseph, 5 ans qui deviendra mon père. Je me souviens, étant enfant, que les deux familles ont toujours fait une seule famille. Je me rappelle n’avoir jamais fait la différence entre la famille juive et la famille catholique. Je m’étonne même qu’un coup, on fêtait les mariages à la synagogue, un autre coup à l’église. Je crois que c’est un magnifique message d’espoir que nous apportent les Justes et les Justes d’Alsace en particulier. Je sais ce que je dois à cette famille, bien sûr, mais aussi à cet esprit alsacien, qui est fait de valeurs profondes, d’humilité, de beaucoup de sincérité, de modestie mais surtout des ces valeurs profondément humaines»

Puis, Christelle Monroe-Weingarten, petite-fille d’une Juste, se confie au micro de Radio Judaïca : «Ma grand-mère a fuit l’Alsace pour aller en zone libre, elle s’est retrouvée à Marseille, où elle a connu mon grand-père, que nous n’avons jamais connu hélas, car ils faisaient tous deux partie d’un réseau de résistance, le réseau André. Durant la guerre, ils [les membres du réseau André – Ndlr] ont aidé beaucoup de juifs, ont fait des faux-papiers, ont aidé à évacuer des enfants. Ils ont été emprisonnés à Marseille, seuls deux d’entre eux ont survécu, dont ma grand-mère. Elle a perdu son futur époux alors qu’elle était enceinte de mon papa.»

A son tour, Jacques Henettin, petit-fils du Juste Henri Frauli témoigne : «Il est parti sur Cluze, en Savoie, et là, il a fait partie d’un réseau qui a permis à certains juifs de passer en Suisse. Parmi eux, il y avait une grand-mère très âgée, qui a eu du mal à passer donc il l’a gardée avec lui. Cette femme avait beaucoup de bijoux, il les a donc gardés et à la fin de la guerre, il a rendu les bijoux à la famille de cette dame.»

Christian Ernst, fils de Camille Ernst (1900-1983), évoque la fierté discrète de son père : «En tant qu’élu, il a reçu un certain nombre de distinctions, mais il nous a toujours dit que celle qui comptait pour lui était la médaille des Justes.»

Ce n’est que justice que de rendre hommage à ces héros modestes mais déterminés, ces hommes et ces femmes, jeunes ou vieux, croyants ou non, qui ont refusé de se soumettre.

Ce ne sont là que quelques unes des déclarations, toutes plus émouvantes les unes que les autres, qui ont pu être recueillies ce soir-là.

Cette exposition est le point d’orgue d’un long travail, l’aboutissement de 18 mois d’enquête pour retrouver ces 78 Justes d’Alsace, tout d’abord au niveau de l’État civil afin d’identifier, dans un premier temps, les personnes nées en Alsace, puis celles ayant vécu en Alsace juste avant la guerre, et ce parmi les 4202 noms des Justes parmi les nations français recensés à l’heure actuelle. Il a ainsi été possible de remonter le fil de toutes ces histoires  qui, comme le relate Édith Dérousseau, Commissaire de l’exposition, «sont souvent discrètes, sans beaucoup de mots, mais qui sont des phares, des coups de projecteurs à travers ses moments sombres.»

Et ce n’est que justice que de rendre hommage à ces héros modestes mais déterminés, ces hommes et ces femmes, jeunes ou vieux, croyants ou non, qui ont refusé de se soumettre, «parce qu’exister c’est résister» selon Jacques Ellul, juriste et théologien, chargé de cours à Strasbourg, qui a accueilli des personnes traquées dans sa maison du bordelais. Parmi ces 78 Justes, on compte 42 hommes et 36 femmes, dont  bon nombre de religieux, catholiques ou protestants.  Le plus jeune d’entre eux, Jean-Michel Dousselin, n’a que 14 ans lorsqu’il convoie la famille Weill, à la demande de son père, du Cantal jusque dans la Vienne avec une voiture à cheval.

Citons encore Adélaïde Hautval, psychiatre, qui martèle haut et fort à propos des juifs que «Ce sont des gens comme les autres». Elle est accusée du délit d’ «amie des juifs». La Gestapo la déporte au motif que «puisqu’elle défend les juifs, elle partagera leur sort». Internée à Auschwitz-Birkenau en janvier 1943, Adélaïde Hautval refuse de collaborer aux expériences pseudoscientifiques que les nazis infligent à certains prisonniers. «Pour le peu de temps qui nous reste à vivre, comportons-nous en êtres humains», expliqua-t-elle à une autre déportée médecin. Elle sera la première alsacienne à être reconnue en tant que Juste parmi les nations, en 1965, par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem.

Ce sont donc ces 78 tranches de vie, bouleversantes et inspirantes, qui sont racontées dans cette exposition unique, à vocation tout à la fois historique, éducative et pédagogique qui partira en itinérance dès le mois de janvier dans toute la France.

(1) Texte de l’hommage aux Justes parmi les Nations gravé sur une plaque dévoilée au Panthéon en janvier 2007 par le président Jacques Chirac, la ministre Simone Weil et le prix Nobel Élie Wiesel.

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