Mamie Charge  et son garage ouvert à tous les exilés du monde
Mamie Charge et son garage ouvert à tous les exilés du monde

Mamie Charge et son garage ouvert à tous les exilés du monde

Depuis plus de vingt ans, Brigitte Lips, 68 ans, ouvre trois fois par jour les portes de son garage calaisien aux migrants. Son surnom, « Mamie Charge », dit tout : dans cet espace simple et chaleureux, des centaines d’exilés rechargent leur téléphone et trouvent un moment de répit. En septembre 2024, elle a mis des mots sur deux décennies d’engagement dans un livre.

Chaque matin, Brigitte Lips dispose des biscuits sur une assiette, aligne les chaises dépareillées le long de son garage et s’assure que chaque multiprise est opérationnelle. À 11h30, les premiers arrivent, téléphone à la main.

Sur les murs, une centaine de chargeurs sont alignés, et chaque appareil est confié en échange d’un petit ticket qui garantit une récupération sécurisée. Pendant que les batteries se rechargent, Brigitte sert du thé, du café, des biscottes. Elle s’assoit, écoute, sort les photos de ceux qui sont déjà repartis. « C’est bon ? Ok. Tu veux un gâteau ? Il y a du thé », propose-t-elle invariablement à ses visiteurs. 

Un téléphone chargé pour survivre sur la route

Pour les exilés qui traversent le nord de la France dans l’espoir de rejoindre l’Angleterre, le téléphone portable n’est pas un accessoire. « Notre téléphone est très, très important », résume Mazen, un Érythréen croisé dans le garage : il sert à se repérer, à vérifier l’heure, à organiser les traversées et à appeler les secours si nécessaire. Brigitte Lips en est convaincue depuis longtemps : « Quand ils perdent leur téléphone, ils perdent leur vie. »

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Le bouche-à-oreille a fait de ce garage une adresse légendaire parmi les communautés migrantes, sans qu’elle figure sur aucun guide officiel. Un homme venu du Soudan a fait le déplacement jusqu’à Calais pour rencontrer Brigitte, après l’avoir vue dans un film. Pour Youcef, jeune Éthiopien qui fréquente le garage, le mot vient naturellement : « C’est notre ange à nous. » 

Vingt ans de récits compilés dans un livre

L’histoire ne commence pas avec les chargeurs. Au début des années 2000, des migrants ont commencé à frapper à la porte de Brigitte pour demander de l’eau. « Je leur ai demandé pourquoi toujours chez moi, et ils m’ont répondu : parce que toi, tu dis oui », se souvient-elle. Depuis, elle n’a jamais fermé la porte. Trois fois par jour, du lundi au vendredi, son garage s’ouvre.

Brigitte Lips a publié fin septembre 2024 son livre « Mamie Charge : une vie au service des migrants » aux éditions Salvator, coécrit avec la journaliste Anne-Françoise de Taillandier. L’ouvrage retrace deux décennies d’engagements, les visages croisés, les récits notés dans un petit carnet. Ce sens du devoir, elle l’attribue à une foi profondément ancrée : « C’est le Saint-Esprit qui me pousse. » Face aux critiques de certains voisins ou aux pressions des autorités locales, sa réponse ne varie pas : « On a essayé de m’intimider, mais cela ne me fait rien. » Elle compte continuer tant que sa santé le lui permettra.

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